GouvActu AdmiNet

Accueil > Centre INFFO : Actualité du Centre INFFO > L’apprentissage vu par une apprentie

L’apprentissage vu par une apprentie

vendredi 30 juillet 2021, par Emmanuel Franck

« J’ai raconté comment j’ai vécu mon apprentissage, cela ne s’est pas vraiment passé comme on me l’avait présenté ». C’est un témoignage sombre sur l’apprentissage que livre Priscilla Belahsen dans son ouvrage «  Chute libre », dont le tome un, « Le précipice »*, est paru en juin. La jeune femme, aujourd’hui âgée de 28 ans, est entrée en apprentissage en pâtisserie en septembre 2008, dans des boulangeries-pâtisseries parisiennes, en alternance avec des cours à l’école Ferrandi. Douze ans plus tard, Priscilla Belahsen se décide à publier son expérience traumatisante « pour que d’autres n’aient pas à la vivre ». Son livre, un récit à la première personne dont les noms des personnages ont été changés, a été écrit en 2014 mais envoyé à un éditeur plus tard « par peur des retombées ».

9 heures de travail sans pause

La jeune femme, qui est à l’époque âgée de 16 ans, témoigne de la dureté de l’apprentissage en pâtisserie. Les horaires de 6 heures du matin à 15 heures sans pause, la visite médicale passée en dehors des heures de travail, l’ennui de ne se voir confier au début que de passer le balai, les maîtres d’apprentissage « qui ne forment pas beaucoup car on ne sert à rien », qui lui « parlent mal alors que nous sommes des êtres humains ». Priscilla Belahsen, qui se qualifie elle-même de « très émotive », ressent chez son premier employeur un « mépris considérable ».

En revanche, les cours sont « passionnants ». Mais au bout de deux semaines, elle fait une tentative de suicide. Puis elle reprend le travail chez un autre employeur mais dans des conditions toujours difficiles. En décembre, à l’approche des fêtes, la charge de travail augmente encore et la jeune apprentie se sent dans une « détresse extrême ». Elle tente d’en parler à ses parents mais n’y parvient pas vraiment. Elle se défenestre du 7ème étage et s’en sort vivante mais avec des traumatismes multiples. Elle passera plusieurs mois à l’hôpital et en centres de rééducation, un parcours qu’elle raconte dans la deuxième partie de son livre. Après avoir repris des études, elle travaille aujourd’hui à un poste administratif, dans l’entreprise de son père.

Les écoles laissent faire

Avec le recul, Priscilla Belahsen pense que « c’est une bonne chose d’apprendre un métier tôt et de le maîtriser ». Mais elle estime aussi qu’en apprentissage, « on est jeune et on veut nous traiter comme des adultes ». Surtout, « je reproche aux écoles de laisser les patrons et les maîtres d’apprentissage se comporter comme ils l’ont fait avec moi ». « Lorsque l’école Ferrandi a appris ce qu’il m’était arrivé, ils ont été choqués, mais ils ont aussi fermé les yeux », témoigne-t-elle. Elle reproche également leur mimétisme aux apprentis avec lesquels elle a travaillé : « Certains me disaient que quand ils seraient maîtres, ils feraient la même chose que ce qu’on leur avait fait ; mais si on continue toujours à faire comme cela, rien n’évoluera jamais ».

Deux autre tomes de « Chute libre » doivent encore paraître. Un témoignage sur l’hôpital psychiatrique et manière pour la jeune femme de se réadapter.

* « Chute Libre » – Tome I – « Le précipice », éditions du panthéon, juin 2021


Voir en ligne : Centre INFFO : Actualité du Centre INFFO / L’apprentissage vu par une apprentie

Du même site

Centre INFFO : Actualité du Centre INFFO