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Une quinte, une scène ? Des “personnages” (mélodies), majeur/mineur… et autres

mercredi 24 novembre 2021, par julien.masson@bpi.fr

Votre intervalle de quinte do-sol posé à la main gauche (cinquième doigt sur le do, pouce sur le sol), essayez de le jouer plusieurs fois, doucement et régulièrement. Une fois ce “décor” posé, ajoutez – toujours sur les touches blanches – quelques notes à la main droite.

Vous êtes sur une échelle à sept degrés (les sept degrés – matérialisés par sept touches blanches – qui séparent un do d’un autre), dite “diatonique”. en mode majeur, sur une gamme de do

Essayez de produire une sorte d’”air” sur quelques notes (très peu suffisent), comme un personnage sur une scène.    

Déplacez maintenant l’auriculaire (5) de votre main gauche vers la note la. Pour trouver ce la, ou tout autre note, un schéma peut aider :

En gardant la même position (un doigt sur chaque touche blanche, sans écarts), enfoncez votre auriculaire (5) et le pouce (1). Une nouvelle quinte résonne : la-mi.

Toujours sur les notes blanches, jouez quelques notes main droite : vous êtes, cette fois, en mode mineur.

Cela sonne toujours bien, mais différemment.

Attention, ici vous avez le choix : ou bien continuer à jouer d’oreille, le plus spontanément possible (ça demande un sacré travail) ; ou bien s’amuser à comprendre pourquoi, alors que vous jouez sur les touches blanches, que vous faites les mêmes gestes, avec les mêmes écarts (mais pas le même point de départ), pourquoi donc ces deux modes, majeur et mineur, sonnent-ils différemment ?

Cette différence ne tient ni à la fondamentale (la note la plus grave), ni à la quinte (« neutre »), mais à la tierce – sur les touches blanches, là troisième note en partant de la fondamentale.

Le piano est un instrument ergonomique qui s’est construit sur une histoire musicale privilégiant ces deux modes : majeur (mode ionien) et mineur (mode eolien).

Mais à chaque degré (« marche ») de l’échelle diatonique (celle que matérialisent les touches blanches) est affecté un « mode » à la couleur bien particulière. Par exemple : attardez-vous sur la couleur que rend une mélodie jouée sur une basse de mi : vous êtes en mode « phrygien », qui évoque le sud, l’Espagne andalouse, etc. Miles Davis, Debussy s’en souviendront !


(D’autres échelles sont très utilisées au piano, notamment dans la musique du vingtième siècle : chromatiques, « par tons », etc.)

Arrivés à ce stade, vous pouvez aborder la construction des accords issus de l’échelle de do majeur :

Avec trois doigts de votre main droite (pouce, majeur, auriculaire) jouez successivement, puis simultanément, les touches indiquées en rouge :

do-mi-sol ( = C, en notation anglo-saxonne)
ré-fa-la (=Dm)
mi-sol-si (=Em)
fa-la-do (=F)
sol-si-ré (=G)
la-do-mi (=Am)

Ces accords sont des briques élémentaires, suffisantes pour accompagner quelques morceaux.

Mais pour aller encore plus loin, nous devons accepter que les morceaux que nous aimons ne sont pas tous en do majeur, et nous reporter à un guide d’accords, imprimé [à la Bpi : 785.12 (07)] ou en ligne.

La plupart utilisent la notation anglo-saxonne.

Les notes la, si, do, ré, mi, fa, sol y sont remplacées par des lettres désignant la « fondamentale » de l’accord : A / B / C / D / E / F / G

Les notes telles que nous les connaissons et leur équivalent en notation anglo-saxonne

Par exemple « Walk on the wild side », de Lou Reed, n’a que trois accords :

do majeur, fa majeur, ré majeuren notation anglo-saxonne :

C / F /  D

L’un deux, l’accord de majeur nécessite de jouer sur une touche noire (un fa#).


Cela demande à l’esprit une rapide gymnastique, mais en réalité peu d’effort pour la main.

(« Pale blue eyes » , du même Lou Reed, est en revanche entièrement jouable sur les touches blanches. Il utilise en effet les accords : C /  F / Am / G)

Si on accepte cette petite gymnastique et qu’on s’entraîne aux déplacements d’accords en accords, beaucoup de morceaux deviennent abordables :

« Je suis venu te dire que je m’en vais » (Serge Gainsbourg) :


A        /         C#m   /         G#m   /         D E

C#m   /         Bm     /         C#m   /         D E

« Garota de Ipanema » (Tom Jobim, d’une redoutable subtilité !) :


F        /         G7      /         Gm7   /         F#7    /         F F#7 (couplet)     

F#      /         B7      /         Fm9   /         D7      /

Gm9   /         D#7    /         Am D7/        Gm C7 (refrain)

« Summertime » (Gershwin) :


Am     /         D7      /         Am     /         D7

Am     /         D7      /         Am     /         D7

Dm C /         F        /         E7      /         E7

« L’oiseleur/Papageno » (Mozart) :


G        /         D G D /         D        /         G D G

G        /         D G D /         D A7  /         D A7 D

D        /         G D G /         A G    /         D G D

Un Blues de 12 mesures (parfait pour essayer une improvisation sur les touches noires) :

Eb7    /         Eb7    /         Eb7    /         Eb7

Ab7    /         Ab7    /         Eb7    /         Eb7

Bb7    /         Ab7    /         Eb7    /         Bb7

Enfin, lorsque vous commencez à vous sentir à l’aise avec les accords, enrichissez-les :

  • doublez la note la plus grave avec la même note main gauche, une octave plus bas.
  • renversez-les, en jouant à la basse une note appartenant à l’accord, mais autre que la fondamentale
  • jouez les accords main gauche et cherchez à imiter la mélodie (la ligne de chant) à la main droite.

Vous pouvez même essayer de créer vos propres mélodies sur les accords joués main gauche. Vous improviserez alors sur une grille, comme font les musiciens de jazz !

Bien entendu, cette approche n’est pas la seule.

C’est grosso modo celle de la chanson : harmonie et rythme main gauche, mélodie main droite – de Bach à McCoy Tyner (pianiste du John Coltrane Quartet), ils sont nombreux parmi les musiciens à l’avoir également arpentée, tout en explorant des dimensions musicales jusqu’alors inouïes…

Dernière étape : des ressources pour vous accompagner

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