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Violences faites aux femmes : « Il ne faut pas baisser les bras face au combat judiciaire »

jeudi 25 novembre 2021, par Gouvernement.fr

Extrait de la campagne Ne rien laisser passer
25 novembre 2021

Violences faites aux femmes : « Il ne faut pas baisser les bras face au combat judiciaire »

À l’occasion du 25 novembre 2021, Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes, entretien croisé avec Mes Rachel Flore Pardo et Karen Noblinski, avocates au barreau de Paris engagées pour les droits des femmes.

    Depuis combien de temps défendez-vous les femmes victimes de violences ?

    Me Pardo. Avec Me Noblinski, en tant qu’avocates, nous sommes engagées dans la défense de tous nos clients et nous partageons en plus un engagement très fort pour les victimes de violences sexistes et sexuelles.

    Depuis le début de notre exercice professionnel, nous avons pris de nombreux dossiers sur cette thématique, nous représentons de nombreuses femmes – mais pas seulement – victimes de violences sexistes et sexuelles.

    Mes Karen Noblinski et Rachel-Flore Pardo

    Votre rôle est essentiel dans la prise en charge de ces victimes. Pouvez-vous nous expliquer en quoi ?

    Me Noblinski. Le rôle de l’avocat est essentiel pour plusieurs raisons. La première repose sur la notion de soutien et d’accompagnement des victimes. Il n’est pas forcément facile pour les victimes de se rendre au commissariat, d’en pousser les portes, de demander le recueil de leur plainte… La présence de l’avocat à ce stade est essentielle pour s’assurer que les droits de la victime soient préservés, en premier lieu celui de déposer plainte, conformément à l’article 15-3 du Code de procédure pénale.

    L’avocat est aussi essentiel pour ce qu’il représente : contrairement à la victime, il dispose de connaissances juridiques. De par sa qualité de juriste, il assure donc une véritable assistance, qui va au-delà du simple accompagnement.

    La loi pour la confiance dans l’institution judiciaire prévoit que l’avocat accompagne la victime. Nous souhaitons aller plus loin et que l’avocat assiste la victime. Avec cette assistance, il pourra poser des questions, faire des observations et préciser des aspects incomplets ou flous de la plainte. Or, une plainte complète permet une meilleure poursuite des investigations.

    Enfin, l’avocat a un dernier rôle primordial. Les victimes n’ont pas toujours conscience des droits que la loi française leur offre. C’est pour cela que les avocats doivent pouvoir leur rappeler la notification de leurs droits – et pas seulement en fin de dépôt de plainte. Parmi eux, celui de voir une psychologue, de faire appel à un interprète, de rencontrer une association, ou encore de procéder à un examen médical et d’avoir un suivi de la plainte.

    Et ce rôle s’exerce à chaque étape du dépôt de plainte ?

    Me Pardo. Tout à fait. En amont du dépôt de plainte, l’avocat explique et donne des conseils à la victime : n’omettre aucun détail, effectuer une relecture attentive…

    De plus, par sa simple présence, l’avocat – outre son soutien psychologique - garantit un meilleur respect du droit des victimes.

    Enfin, à la fin du dépôt de plainte, l’avocat pose des questions et émet des observations qui peuvent avoir une incidence sur toute la procédure pénale à venir.

    Comment travaillez-vous avec les autres professionnels engagés dans cette même cause ?

    Me Noblinski. C’est l’union des différents professionnels, la magistrature, les policiers, les soignants ou les auxiliaires de justice, comme nous, qui permettra de procéder à des enquêtes sereines, avec une victime qui se sent écoutée.

    Par exemple, lorsqu’une plainte est déposée, l’avocat va envoyer au parquet des éléments de preuves (capture d’écran, témoignage, expertise psychiatrique…) qui lui permet de faire avancer les investigations, de compléter les propos tenus pendant le dépôt de plainte et, ainsi, de participer à la manifestation de la vérité.

    « Le combat judiciaire est une manière de voir les dommages causés en partie réparés. »

    Quant aux soignants, nous les remercions, car ils travaillent dans des conditions d’urgence qui ne sont pas évidentes et pourtant, qu’il s’agisse de ceux qui procèdent aux expertises gynécologiques ou ceux qui les accompagnent au niveau psychologique, leur rôle est indispensable dans ce type de procédure.

    À titre d’exemple, l’expertise gynécologique dans des faits de violences sexuelles est fondamentale. Il est indispensable que la victime soit vue par un médecin des unités médico-judiciaires rapidement. Tout d’abord pour pouvoir récupérer des éléments matériels, corporels, qui permettront d’identifier notamment l’auteur, mais aussi pour éclairer le magistrat sur les souffrances endurées par la victime.

    Enfin, pour que les victimes soient accueillies au mieux dans les commissariats, elles doivent avoir face à elle des policiers qui ont accompli une formation initiale et continue. La plainte doit être recueillie dans les meilleures conditions (prendre en compte l’état psychologique de la victime, poser des questions de façon délicate…) et que tout ce processus judiciaire, déjà difficile pour la victime, se passe au mieux.

    Qu’avez-vous envie de dire aux auteurs de violences sexistes et sexuelles ?

    Me Noblinski. Le droit français sanctionne sévèrement ces infractions lorsqu’elles sont constituées et jugées par des magistrats. Nous, avocats, nous nous battrons pour qu’il n’y ait plus d’impunité quand les faits ont été commis. L’accompagnement psychologique des auteurs d’infraction est également nécessaire.

    Et à leurs victimes ?

    Me Pardo. Je voudrais rappeler aux victimes de violences sexistes et sexuelles que ce qui est parfois mis en avant sur les réseaux sociaux, c’est uniquement ce qui va mal. Il y a aussi énormément de moments où les choses se passent bien. Il y a d’excellents professionnels dans la police nationale. La victime peut être accueillie avec respect dès le début de la procédure.

    Il est important de rappeler aux victimes de ne pas baisser les bras face au combat judiciaire. Et pour que ça se passe au mieux, qu’elles se fassent assister car, en effet, le combat judiciaire est compliqué, mais c’est une manière de voir les dommages causés en partie réparés. Vous pouvez compter sur nous pour ne rien lâcher et nous battre sans relâche pour que les droits des victimes soient respectés et garantis.

    Télécharger le dossier de presse sur la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des fem

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