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« Le plan d’investissement dans les compétences doit contribuer à améliorer la capacité à produire des travaux prospectifs » (Carine Seiler)

jeudi 9 septembre 2021, par Nicolas Deguerry

Portrait de Carine Seiler, haut-commissaire aux compétences

Comment le Haut-commissariat aux compétences contribue-t-il à la mise en cohérence des diagnostics et travaux prospectifs sur les besoins de compétences ?

Carine Seiler – C’est un sujet essentiel sur lequel nous sommes extrêmement engagés. En effet, si la transformation des compétences fait partie intégrante de l’Histoire du monde et de l’évolution des technologies, ce qui change aujourd’hui, c’est l’accélération de ces transformations qui ne se jouent plus à l’échelle d’une génération mais dans des temps beaucoup plus courts. Cela interpelle notre capacité à assurer les transitions professionnelles et les reconversions mais aussi notre système de production de compétences afin qu’il apporte des réponses aux besoins des entreprises dans des temps beaucoup plus courts. En conséquence, parmi les missions du Plan d’investissement dans les compétences, celle de contribuer à améliorer la capacité à produire des travaux prospectifs sur l’emploi et la formation n’est pas la plus connue mais elle est essentielle, à la fois pour préparer les actifs aux évolutions des métiers et pour s’assurer du bon ciblage des formations.

Qu’apporte concrètement le Haut-commissariat à ce sujet ?

Carine Seiler – Notre objectif, c’est d’introduire de l’agilité dans le système et de favoriser des évolutions des programmes de formation par briques, par modules, pour prendre en compte les nouveaux besoins et « injecter » des évolutions portant sur ces besoins émergents dans les programmes de formation existants. En effet, l’enjeu est moins de reconstruire à chaque évolution technologique de bout en bout l’ensemble des programmes de formation que d’intégrer aux référentiels de formation, dans des temps plus courts, au fur et à mesure où elles émergent, les compétences nouvelles. Par définition, l’évolution des référentiels de certification prend du temps et ne peut suivre le rythme des évolutions à l’œuvre. Le temps que les référentiels s’ajustent, nous pouvons associer aux parcours qualifiants des modules additionnels qui répondent à des besoins des entreprises non intégrés dans les référentiels existants. Ce sont ces nouvelles approches « plus agiles » que nous avons expérimentées dans le cadre des Pactes régionaux d’investissement dans les compétences avec les Régions. Par exemple, avec la Région Bourgogne-France-Comté, qui a intégré des modules sur les nouvelles compétences liées à la rénovation énergétique dans les formations aux métiers du bâtiment. De même avec la Région Occitanie, qui a développé des modules de compétences transverses pour les métiers du numérique. Grâce à un dialogue entre les Régions, les branches et les entreprises des territoires, les logiques de modules additionnels permettent d’adapter l’offre en temps réel, et préparer ainsi l’évolution des référentiels.  La démarche nous semble vertueuse et à capitaliser. Le Haut-commissariat engage ainsi, en cette rentrée, un travail de capitalisation et de consolidation de la création de ces modules pour alimenter la réflexion de ceux qui sont en charge des politiques de certification au niveau national.

De quels outils prospectifs disposez-vous pour soutenir ce type d’approche ?

Carine Seiler – Nous disposons tout d’abord des travaux de prospective des métiers et des qualifications (PMQ), portés par la Dares et France Stratégie, dont le dernier exercice intègre des éléments prospectifs liés notamment à la transition écologique. À une maille plus fine, les engagements de développement de l’emploi et des compétences (Edec), que les partenaires sociaux connaissent bien, représentent des outils essentiels au service de la prospective des branches professionnelles. La 4e vague de l’appel à projets que nous finançons dans le cadre du Plan d’investissement va permettre d’étendre dès cet automne à de nouvelles branches ces démarches essentielles. En complément de ces exercices prospectifs, nous développons avec le réseau des Carif-Oref, deux outils auxquels je crois beaucoup, dont l’objet est de favoriser le dialogue inter-branches et branches/territoires et d’éclairer l’action. Le premier répond à une question simple des partenaires sociaux, des entreprises et des Régions : forme-t-on assez de demandeurs d’emploi dans les secteurs stratégiques pour l’économie (filières stratégiques, métiers émergents, métiers en tension …) ? Répondre à cette question simple, …n’est pas si simple : il est rare qu’une spécialité de formation ou un métier soit monobranche : le métier de soudeur peut par exemple aussi bien être rattaché à la métallurgie qu’au naval ou à l’énergie. L’outil relève le défi : il permettra de disposer de données, par Opco, des actions de formation destinées aux demandeurs d’emploi. Il sera possible de descendre au niveau sectoriel et d’effectuer des recherches par métier. Les acteurs bénéficieront ainsi d’une lecture du « potentiel » de formés dont peut disposer un secteur d’activité grâce à la politique de formation des demandeurs d’emploi.

Mais comment s’assurer qu’offre et demande de formation convergeront bien dans un contexte de mutations accélérées ?

Carine Seiler – C’est l’objet du second outil innovant que nous développons. Expérimenté en Nouvelle-Aquitaine et Bourgogne-Franche Comté, il va permettre de lire les désajustements entre offre et demande de formation. Aussi incroyable que cela puisse paraître, nous ne disposons pas aujourd’hui d’un outil commun consolidant les données sur le nombre de personnes formées par métier, quelle que soit la voie d’accès à la qualification : formation initiale par la voie scolaire, apprentissage, formation continue des demandeurs d’emploi, formation des salariés. L’outil analysera combien de personnes ont souhaité s’orienter vers un métier donné, combien d’entre-elles se sont effectivement formées et combien ont accédé à la certification. Il mettra en correspondance ces données sur le nombre de personnes formées, en prenant en compte l’ensemble des voies d’accès à la qualification, et les besoins de recrutement des entreprises, avec une entrée métiers. Il s’agit de produire une statistique orientée action : en cas de désajustement, cela permettra, pour chacune des voies d’accès, d’identifier l’origine du problème. C’est important car selon qu’il s’agisse d’un manque de places de formation, d’un manque de candidats ou d’un taux d’échec trop important, les réponses à apporter ne sont pas les mêmes.

Ces deux outils prospectifs sont financés par le Plan d’investissement dans les compétences. Ils devraient être disponibles au plus tard d’ici à la fin du 1e trimestre 2022. Ils seront mis à disposition de l’ensemble des acteurs par le réseau des Carif-Oref en patrimoine commun, c’est-à-dire déployés gratuitement et en open source.

Retrouvez notre portrait de Carine Seiler dans le n° 1015 d’Inffo Formation, 1er au 15 septembre 2021

 

Portrait de Carine Seiler, haut-commissaire aux compétences


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