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« Aller vers un contrôle de gestion stratégique de la formation sans sombrer dans la ‘gestionnite’ » (Jean-Claude Dupuis, Institut de gestion sociale)

lundi 21 juin 2021, par Laurent Gérard

Le Quotidien de la formation – Que signifie « activer l’investissement formation » ?

Jean-Claude Dupuis – Activer les dépenses de formation signifie les inscrire à l’actif du bilan de l’entreprise, pour les amortir comptablement.

QDF – Quels sont les enjeux ?

J.-C. D. – Pour nombre d’acteurs privés et publics, les entreprises doivent penser la formation comme un investissement et non comme une charge. Ils se tournent donc vers les normes de comptabilité générale et financière pour traiter cette question de l’investissement, car ces normes ont une très forte portée symbolique et cognitive pour penser l’entreprise et sa dynamique.

QDF – L’idée est-elle ancienne ?

J.-C. D. – Oui, depuis une quarantaine d’années, cette question de la reconnaissance des effets économiques et financiers des actions de formation revient régulièrement. Mais elle s’est renforcée par la prise de conscience d’une économie davantage fondée sur la connaissance, l’immatériel et l’innovation ; et par la suppression de l’« obligation de dépenser » par la loi du 5 mars 2014 relative à la formation professionnelle, à l’emploi et à la démocratie sociale.

QDF – En 2019, l’Autorité des normes comptables a fait un pas dans ce sens. Où en est-on depuis ?

J.-C. D. – En effet, le 18 décembre 2019, un règlement de l’Autorité des normes comptables a proposé l’inscription sur option en immobilisation des dépenses de formation liées à la mise en service d’une immobilisation corporelle ou incorporelle. Mais plusieurs éléments conduisent à devoir relativiser la portée de ce règlement.

Tout d’abord, depuis 2005, les normalisateurs comptables ont un nouveau cadre de règles qui a concrétisé une forme de « révolution » comptable et a donné vie à un modèle tourné « vers le futur »  : l’activation d’une dépense d’investissement est conditionnée au fait d’étayer que ladite dépense est une source d’avantages économiques futurs et que l’entreprise a le contrôle de la ressource ainsi générée.

QDF – Ce qui implique de le prouver ?

J.-C. D. – En effet, et certains acteurs arguent de façon tout à fait cohérente que la rentabilité et la contrôlabilité d’investissements en formation pourraient être documentées par la mesure des gains qu’ils engendrent, la rotation du personnel, la fidélité renforcée des salariés formés… Mais cela passerait par un travail d’analyse lourd et coûteux, et conduirait la comptabilité à être moins prudente. Or, la crise bancaire et financière des années 2007 et 2008 a conduit les normalisateurs comptables à se raviser. La comptabilité d’entreprise sert d’assiette pour déterminer les revenus distribuables et consommables. Manquer de prudence peut conduire à distribuer des profits potentiels et, donc, à « manger son capital » dans une période d’euphorie, et ne plus pouvoir faire face aux besoins de réinvestissement lors des crises.

Enfin, il existe un autre frein à l’activation classique, c’est le fait que la comptabilité intègre déjà une annexe au bilan et au compte de résultat, mêlant éléments chiffrés et narration de l’effort formation. Les normalisateurs comptables préfèrent raconter l’investissement formation plutôt que le compter monétairement.

L’ensemble de ces éléments conduit donc à devoir relativiser la portée du règlement de 2019 de l’Autorité des normes comptables.

QDF- Une autre piste est-elle possible pour mettre en actes l’investissement formation ?

J.-C. D. – Oui, en mettant les acteurs de la formation en situation de penser certaines situations de formation comme des « situations de gestion ». Une situation de gestion se présente lorsque des participants sont réunis et doivent accomplir, dans un temps déterminé, une action collective conduisant à un résultat soumis à un jugement externe. Cela suppose d’aller vers un contrôle de gestion stratégique de la formation sans sombrer dans la « gestionnite ».

 


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