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Innover pour vivre mieux

mercredi 21 avril 2021

Face à l’urgence sanitaire, citoyens, entreprises, territoires ont dû s’adapter très vite et faire preuve d’inventivité pour identifier les solutions humaines, technologiques, organisationnelles, financières qui permettent de rebondir.

On peut donc se réjouir que, dans un tel contexte, la France soit parvenue à gagner quatre places dans l'édition 2020 de l'Indice mondial de l’innovation, figurant ainsi au 12e rang des pays les plus innovants au monde.

C’est pourquoi, il est indispensable de permettre aux entreprises de continuer à investir dans leurs projets d’innovation et de croissance afin d’amortir les effets de la crise et de préparer demain. C’est d’ailleurs toute l’ambition du plan de reconquête pour l’économie régionale dans lequel s’engage la région Sud, dont l’objectif, entre autres, est d’accompagner les entrepreneurs face aux transitions numériques, environnementales ou industrielles.

Si le défi de l’innovation est économique, il s’agit aussi de répondre à des enjeux de société. La crise sanitaire a remis au premier plan les aspirations des citoyens et les besoins des usagers : vivre et consommer mieux, protéger sa santé, entretenir les liens avec ses proches, respecter la planète.

En région Sud, deux cheffes d’entreprise sont à l’origine de solutions innovantes qui améliorent le quotidien des usagers, tout en portant des valeurs humaines fortes.

 

Rencontre avec Dominique Brogi de Domie Digital

Qu’est-ce que le dispositif Monsherif ?
Dominique Brogi : Il s’agit d’une solution de sécurité nomade des personnes, qui fonctionne à partir d’une technologie reliant un bouton connecté porté sur soi, à une application mobile. Ce bouton de sécurité permet de rassurer et d’alerter ses proches en cas de besoin, et cela de manière très discrète compte-tenu de la petitesse du dispositif, ce qui en fait d’ailleurs toute l’ingéniosité. Le bouton permet aussi d’enregistrer une conversation et d’appeler les secours tout en étant géolocalisé. L’ensemble de ces fonctionnalités fait de Monsherif une solution sans équivalent aujourd’hui en France.

Comment est née cette solution ?
D. B. : Je travaille depuis très longtemps dans le domaine des nouvelles technologies et j’ai suivi de très près l’émergence des objets connectés. Par ailleurs, à titre personnel, j'ai toujours eu en tête les histoires tragiques de personnes victimes de violences ou certaines situations médicales très dures à vivre. J’ai eu l'idée d'une solution de sécurité qui allait permettre de gagner en sérénité et liberté au quotidien. Quand la possibilité technique a pu se concrétiser avec l'arrivée des objets connectés, je me suis lancée. Ça fait maintenant 5 ans que Monsherif existe. C’est du monde du sport que la demande a d’abord émergé, puis l'usage s’est développé à partir de 2018 avec notamment le lancement du premier bijou de sécurité. Aujourd’hui Monsherif, c’est 4500 utilisateurs.

" Ma préoccupation première a toujours été de créer du lien social "
Dominique Brogi, directrice générale de l’entreprise Domie Digital, a conçu et développé le dispositif de sécurité Monsherif.

Monsherif a pris beaucoup d’ampleur. En quoi est-ce une réponse adaptée à l’enjeu de sécurité des personnes ?
D. B. : Monsherif répond aux besoins des individus dans une société qui produit son lot de violences et de situations d’insécurité, aussi bien dans la sphère privée que professionnelle ou scolaire. Face aux violences conjugales et familiales, que la crise sanitaire a d’ailleurs contribué à accentuer, au harcèlement au travail ou à l’école, aux discriminations, Monsherif c'est la possibilité de pouvoir communiquer et trouver de l’aide en toutes circonstances sans avoir à se saisir de son téléphone, ce qui n’est pas toujours possible face à une situation d’urgence. Ce bouton de sécurité permet aussi de venir en aide aux personnes en situation de handicap ou aux personnes âgées isolées. Aujourd’hui, Monsherif est une solution qui a fait ses classes dans la justice et qui vient en complément de l’action des associations d’aides aux victimes.

© Monsherif
© Monsherif

Comment fonctionne concrètement le dispositif ?
D. B. : Monsherif se décline en trois versions : un bouton très discret qui se porte sur soi, un bijou pendentif ou bracelet, et un accessoire à fixer sur son sac ou à la ceinture de son pantalon. Sans prendre son téléphone, avec un premier clic sur ce bouton il est possible d’envoyer un SMS géolocalisé pré-enregistré à 5 personnes de son choix afin qu’elles soient rassurées ou alertées. Une double pression envoie une alerte géolocalisée sous forme d'un appel téléphonique, d’un sms et d'un e-mail qui explique à la personne de confiance de quelle façon elle peut porter secours. Une pression longue déclenche une alarme sonore ou un enregistrement qui pourra faire office de preuve. L’innovation en 2021, c’est l’ajout d’une fonction de mise en relation vidéo des aidants pour une meilleure organisation des secours. C’est aujourd’hui unique en France.

Où en est le déploiement de Monsherif avec la justice ?
D. B. : Les premiers partenariats avec la justice ont été noués à partir de 2017. J’ai d’abord rencontré la présidente du Tribunal d'Auxerre qui a souhaité lancer une expérimentation. Mon dispositif n’était pas spécifiquement conçu pour les femmes au départ, mais en discutant avec la présidente du Tribunal, on s’est dit qu'il y avait quelque chose à faire en matière violences conjugales. Monsherif permet aux femmes victimes de violences de se protéger des agressions éventuelles mais aussi d'apporter des preuves. Aujourd’hui, trois conventions avec la justice existent dans les départements de l’Yonne, du Vaucluse et de la Seine et Marne.

Comment avez-vous été soutenue dans votre projet au niveau local ?
D. B. : Tous les acteurs de la région se sont mobilisés. J’ai été aidée par Initiative Terre de Vaucluse qui m’a permis d’avoir mes premiers prêts. Et puis la Région Sud a tout de suite soutenu mon projet par son action en faveur des associations régionales d’aide aux victimes qui formulent des demandes de boutons de sécurité. Par ailleurs, un dossier est en cours au niveau de la French tech pour l'obtention d'un prêt participatif avec la Région Sud.

Quels sont les développements en cours et les projets à venir ?
D. B. : La prochaine étape pour moi serait de parvenir à mettre en place une fabrication française du dispositif. Puisque Monsherif a une couverture de plus en plus forte au niveau national, d’ici 2022 je souhaite installer une unité de production et d’assemblage ici même en région. Déjà, mes accessoires sont made in France, mes cuirs viennent d’Ardèche par exemple et je travaille avec des développeurs de la région. A terme, mon vœu est de produire local et de créer des emplois ici.

Que répondre à ceux qui estiment que les innovations dans ce domaine sont souvent des gadgets ?
D. B. : Pour ma part, ma préoccupation première a toujours été de créer du lien social et de faire de la proximité. Les applications mobiles sur lesquelles j’ai travaillé ont toujours eu pour objectif la communication. Alors quand les objets connectés sont arrivés, d’abord par la domotique puis le sport, je me suis dit qu’ils devaient absolument servir à rester en lien avec ses proches. L’utilité sociale de l’objet connecté me semble fondamentale, elle est au cœur de mon projet.

 

Marie Tors ou la reconnaissance visuelle au service du quotidien

Comment a démarré le projet Reeveal ?
Marie Tors : Le projet né d’une rencontre avec Saïd Hadjiat, co-fondateur de Graffiti. Il m’a montré à quoi pouvait ressembler la réalité augmentée. C’est à ce moment-là que j’ai découvert une technologie incroyable qui offre d’immenses possibilités. On est alors fin 2018, c’est encore les prémices. Au départ, on s’intéressait à plusieurs domaines d’application : le tourisme, le voyage, la smart city. Mais c’est plus tard, après nos tests auprès des utilisateurs, que l’on s’est aperçu que, grâce à la réalité augmentée, leur besoin était de voir de l’information, en particulier dans le domaine du shopping. A partir de là, on a travaillé sur le projet Reeveal.

Pour quelles raisons avoir ciblé le domaine du shopping ?
M. T.
 : On s’est rendu compte que c’est là que les besoins étaient les plus forts. Aujourd’hui, plus de 80% de la population fait ses courses avec un portable à la main. On a donc travaillé sur une innovation liée à un usage déjà en place chez les consommateurs qui vise à leur simplifier le quotidien. En parallèle, on a découvert que 78% d’entre eux souhaitent avoir de l’information pour mieux consommer, c’est-à-dire au meilleur prix tout en limitant les impacts écologiques ou sur leur santé. Alors quand on a observé que 24% seulement des personnes aillaient ensuite chercher cette information, on s’est dit qu’il fallait un outil pour réduire cet écart et faciliter les achats de tous les consommateurs.

" Ce qui compte, c’est que la technologie soit utile "
Marie Tors, co-fondatrice et présidente de la start-up Graffiti, s’apprête à lancer le nouvel assistant d’achat, l’application Reeveal.

Quelles informations les utilisateurs peuvent-ils trouver grâce à Reeveal ?
M. T.
 : En scannant les produits avec l’application le consommateur peut trouver des informations sur le prix et obtenir un comparatif par exemple, ou trouver des coupons de réduction. En ce qui concerne la santé, on trouve des informations sur la valeur nutritionnelle, la composition des produits. Enfin en matière d’environnement, l’appli permet notamment de savoir si le produit est recyclable ainsi que son emballage. Ces recherches portent sur des données qui correspondent aux grands enjeux qui se posent aujourd’hui à tout un chacun : le pouvoir d’achat, la transition écologique, le respect de la santé.

En quoi Reeveal est une application particulièrement innovante ?
M. T.
 : On travaille sur des algorithmes de reconnaissance visuelle, le « visual search ». C’est vraiment le cœur de notre technologie. C’est très performant mais très intuitif aussi, ça ne nécessite aucune prise en main particulière. Avec Reeveal, on prend un produit, on pointe vers celui-ci et on sait. L’innovation est aussi dans la simplicité. Notre valeur ajoutée c’est de sourcer les bonnes informations et de les rendre lisibles pour tous.

Sur quels aspects travaillez-vous pour améliorer encore votre innovation ?
M. T.
 : Dernièrement, on s’est intéressé à l’industrie textile car on souhaitait faire remonter des informations sur les dimensions éco-responsables et équitables des vêtements. Cela demande un gros travail sur les sources de données pour fournir au consommateur l’information la plus fiable possible afin qu’il puisse acheter son vêtement en accord avec ses préoccupations et ses critères de choix. Ça va être très prochainement ajouter à l’appli. Et puis à court terme, on fait le pari que les lunettes connectées remplaceront les téléphones, pour nous c’est une évidence.

La crise sanitaire est-elle pour vous un accélérateur ou un frein dans votre développement ?
M. T.
 : Cette crise nous pousse à repenser le monde dans lequel on vit, avec une envie très forte de mieux consommer, respecter la planète. En cela, c’est positif pour nous. Je n’aurai pas forcément eu ce discours l’an dernier car présenter des innovations et lever des fonds sans rencontrer les financeurs c’est très compliqué. Finalement, on s’en est aussi servi. Par exemple, on a réactivé un projet qui offrira la possibilité de se projeter en avatar n’importe où dans le monde.


© Monsherif

Proposer ce type de technologie n’est-il pas de nature à intensifier la fracture numérique ?
M. T.
 : En effet, la fracture numérique est réelle et s’exerce au détriment de la ruralité, des plus pauvres mais alimente aussi les inégalités femmes-hommes. C’est pour moi un sujet majeur sur lequel il faut travailler au quotidien. Le sujet de l’accès des femmes aux technologies et aux métiers dans ce domaine est très important, je suis très engagée sur cette question. Je pense que la solution que l’on développe permet d’aider les femmes en facilitant leur quotidien et en les libérant de certaines contraintes.

Utilité sociale et technologies innovantes sont donc compatibles ?
M. T.
 : Selon moi la technologie est d’abord au service d’une finalité : l’usage. Ce qui compte, c’est que la technologie soit utile, quelque soit la complexité de sa conception, qu’elle facilite la vie des gens, leur ouvre les yeux sur les grands enjeux de notre époque.

 

Pour en savoir plus
https://monsherif.com/
https://reeveal.ai/


Voir en ligne : Région Provence-Alpes-Côte-d’Azur / Innover pour vivre mieux

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